« Lazare, viens dehors ! »

« Lazare, viens dehors ! »

Il est des paroles qui n’appartiennent pas seulement au passé. Des paroles qui, prononcées une fois dans l’histoire, continuent de résonner à travers les siècles comme si elles n’avaient jamais fini d’être vécues. « Lazare, viens dehors ! » – ce cri lancé devant un tombeau scellé est peut-être la plus étrange et la plus belle de toutes : Le vivant appelle un mort, et le mort obéit.

Nous sommes à l’orée de la semaine sainte. Chacun de nous porte, quelque part en lui, une zone d’ombre où quelque chose s’est figé – une blessure enfouie, une espérance abandonnée, une partie de soi que l’on croit définitivement morte. C’est à cela que s’adresse Ézékiel quand Dieu l’envoie prophétiser sur des ossements desséchés : non à des cadavres, mais à des vivants qui ont cessé de croire qu’ils pouvaient l’être pleinement. « Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » (Ez 37, 14). La promesse ne s’embarrasse d’aucune condition. Elle est pure don de Dieu.

Jean, lui, pousse plus loin encore. Il nous montre Jésus qui pleure. Ce détail devrait nous arrêter longtemps. Dieu se tient devant la mort de son ami, et il pleure. Non par impuissance – la suite le montrera -, mais parce qu’il est entré si profondément dans notre condition humaine qu’il en partage jusqu’au deuil. C’est de là, de ce lieu de larmes partagées, que jaillit la parole, comme un cri vers Lazare. La résurrection n’est pas une démonstration de force ; elle naît d’un amour qui a consenti à être touché.

Laissons-nous atteindre par ce cri. Il a notre nom.

 

Père Sébastien Waeffler, curé