…Et des anges le servaient
En grec, deux mots traduisent le mot « temps » : chronos et kairos. Chronos est le temps linéaire de la vie humaine, kairos est le temps de l’homme ajusté à Dieu. En chrétien, nous vivons ces deux temps simultanément.
Aussi, cette semaine, nous sommes entrés dans le carême, un temps liturgique que nous offre l’Église-Mère, un temps de mise à l‘écart où l’opportunité nous est donnée de laisser plus de place au kairos. Que ce temps d’Église soit le bréviaire de nos jours et de notre vie quotidienne ! Les lectures de la Parole de Dieu de ce 1er dimanche de carême nous soutiennent.
Les Écritures nous ouvrent la porte étroite entre Adam et le Nouvel Adam, Jésus. Saint Paul l’écrit aux Romains « Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort… » [Rm 5, 12].… « de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie » [Rm 5, 18].
Les Écritures nous créent un passage depuis l’arbre de vie, du livre de la Genèse, planté au milieu du jardin d’Éden dont le fruit vient tenter Ève puis Adam, jusqu’au désert où Jésus fut conduit par l’Esprit pour être tenté par le diable. 40 jours et 40 nuits dans le désert… un enjeu de la vie ou de la mort de Jésus. A chaque tentation, il oppose une parole de Dieu, en disant : « Il est écrit ». Il ne résiste pas avec ses propres forces, il s’appuie sur la force de la Parole de Dieu. De son combat spirituel, Jésus sort vainqueur comme nous l’écrit Saint Matthieu « Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. » [Mt 4, 11].
40 jours au cœur de nos déserts, espaces arides de nos fragilités et de nos doutes où nous pouvons vivre des réalités mortifères…, Tu nous invites et tu nous guides Seigneur à vivre notre conversion de cœur. En plein désert, Jésus comblera nos désirs et nous rendra vigueur. Nous serons comme un jardin irrigué, comme une source où les eaux ne manquent jamais.
Que nos gestes, attitudes, paroles… deviennent symboles de réalités spirituelles, tournées vers Jésus, tournées vers celui ou celle que nous rencontrerons.
Comme l’année est transfigurée par la Liturgie pour nous conduire vers le « Grand dimanche », laissons-nous être transformés par Dieu et se laisser conduire sur ce Chemin de liberté – non pas faire ce qui nous passe par la tête mais ce qui en nous a été libéré par Dieu : ce que nous appelons « sa volonté » – et d’amour, dans le secret de nos prières, avec humilité.
Au cœur du jeûne, de la prière et de l’aumône, je vous souhaite de vivre ces 40 jours pleinement en gardant sans cesse appui sur Jésus, notre Sauveur, qui se penche vers nous et nous souffle à l’oreille : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » [Mt 4, 4].
Philippe Cabirol, diacre permanent




