Dimanche dernier, nous avons médité la visite des Mages. Nous avons découvert des astrologues venus de l’Orient, du Royaume Parthes. Un royaume puissant qui couvre l’Irak et l’Iran actuels et qui, 30 ans avant cet épisode, avait fait fuir Hérode de Jérusalem pour mettre un des leurs sur le trône. Hérode ne dut alors sa couronne qu’à Rome et à ses légions. Voir arriver une délégation officielle des Parthes, avec des astrologues de la cour lui annonçant la naissance d’un roi juif ne pouvait donc que le bouleverser ainsi que Jérusalem avec lui. Il faut dire que l’audace de ces astrologues était motivée par l’alignement rare de Jupiter et de Saturne, créant un effet spectaculaire qui interviendra à trois reprises à quelques mois d’intervalle. Les dates concordent avec la naissance du Christ, en l’an 6-7 avant notre ère. Pourquoi cet astre les a-t-il mis en route vers la Judée ? Saturne est un symbole d’Israël dans l’astrologie de l’époque et la communauté juive est importante dans l’empire Parthe. Ils sont présents depuis 587 avant JC, ramenés dans les bagages de Nabuchodonosor… Ils gardent l’héritage des prophètes qui prédisaient la levée d’un astre qui guiderait Israël et apporterait la Paix au monde. Cette étoile est celle du descendant de David, le Messie sauveur, qui devait naître à Bethléem, d’après les textes. L’empereur Parthe prend au sérieux ce phénomène repéré par ses astrologues, d’autant qu’il va dans le sens de ses intérêts. Il envoie une délégation officielle à Jérusalem auprès du roi Hérode à qui il est certainement ravi de jouer ce mauvais tour. A travers ces péripéties politiques, les mages finissent par rencontrer l’enfant Jésus, le Verbe fait chair et reconnaissent en Lui le Messie de la prophétie. Comment cela est-il possible pour ces hommes païens qui appartiennent à un peuple ennemi ? Et risquant probablement leur vie dans cette aventure ? C’est la rencontre des deux livres. Le livre de la Création et celui des Écritures : par leur recherche scientifique, riche d’une tradition millénaire de connaissance et de calcul du mouvement des astres et par leur ouverture aux prophéties bibliques, ils se sont mis en mouvement. Un chemin qui les conduit à la rencontre de l’Emmanuel, Dieu avec nous. Ce dialogue de la recherche sincère des lois du cosmos, mais aussi des lois de notre humanité, de notre culture toujours en mouvement, avec la Parole de Dieu qui demeure, ouvre des chemins nouveaux pour chaque génération, pour chaque nation. Des chemins qui conduisent au Christ dans les crèches de chaque époque, au cœur de notre humanité. Jésus a ouvert ce chemin dans sa propre vie : son observation fine de la nature et de la vie humaine se conjugue à sa compréhension profonde des Écritures pour dire une Parole qui ouvre les esprits et les cœurs. Mais son Baptême fait plus encore : il indique ce chemin non pour des justes mais pour tous les pécheurs auxquels il se mêle. L’Esprit descend sur le Fils. Mais à l’ombre de la Croix, il reposera bientôt sur tous les pécheurs qui lui ouvriront leur cœur par le Baptême. Chacun pourra alors librement faire de sa vie une crèche habitée par un double amour : l’amour de l’humanité dans sa diversité foisonnante et souffrante et l’amour de la Parole de Dieu qui fait de nous des fils.
Père Arnaud Gautier, vicaire




